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Wed. Apr 17th, 2024

Environ, 6 250 000 citoyens répartis entre plus de 14 000 bureaux de vote devront élire ce dimanche les 165 députés de la 13ème législature. Depuis 1959, date de la prime mandature, (les électeurs se chiffraient alors, à 650 000), c’est la première fois que le nombre des parlementaires atteint un cap aussi important.
Jusqu’en 1974, ils n’étaient que 80, tous du Parti Socialiste à siéger à l’Assemblée nationale. La grande percée du PDS, aura permis, en 1978, quatre ans après la création du parti de contribution de Me Wade, d’envoyer 17 parlementaires à l’hémicycle.

L’armure de la culture du parti unique venait d’être fendue. L’histoire parlementaire du Sénégal prenait ainsi un tournant, après que deux générations avant, les Sénégalais des quatre communes, envoyaient leur représentant au Palais Bourbon, en la personne de Blaise Diagne (premier député noir et maire de Lourmarin).
Vitrine brisée

Depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Notre trajectoire démocratique a subi nombre de péripéties, les unes plus douloureuses que les autres. Certaines aussi plus exaltantes que d’autres. Notre démocratie a survécu à ces turbulences. Elle a connu deux alternances présidentielles, et concomitamment, deux changements de majorité à l’Assemblée nationale. Cette vitrine reluisante avait forgé une image valorisante à notre pays. Au point qu’on évoquait partout l’exception sénégalaise, à travers sa valeur exemplaire, dans un continent où les régimes autoritaires avaient presque partout, pignon sur rue. Peut-on en dire autant aujourd’hui, pour notre pays ? Rien n’est moins sûr.

Les douze ans de régime wadiste ont donné aux Sénégalais des sueurs froides. On a frôlé le pire avec toutes les formes de perversion démocratique que Wade nous a fait subir. Doté d’un extraordinaire sens de l’historicité, le peuple sénégalais a fait front et renvoyé Me Wade et ses visées dynastiques aux vestiaires. Né après l’indépendance, après la première législature, passé dans le double moule du maoïsme et du libéralisme, le Président Macky Sall, portait en 2012, tous les espoirs de ruptures, qu’un peuple sevré de libertés était en droit d’attendre. L’échec dans l’organisation de ce scrutin et la conflictualité ambiante, depuis ces dernières années, réduisent presque à néant, la portée des ruptures promises.

Après quatre scrutins, relativement réussis, ces élections législatives, sont en passe de devenir les pires organisées depuis 1959. Plus de cinquante milliards consacrés à la confection des cartes, avec à la clé, des dysfonctionnements innommables, des lois de circonstances et des mesures non consensuelles, en violation du protocole additionnel de la CEDEAO et pis encore, de nos lois électorales. Le spectre de la violence plane. Les Sénégalais retiennent leur souffle.

Les 47 coalitions en lice n’apportent aucune touche qualitative au débat, même si pour la première fois, les candidatures indépendantes sont autorisées. Sans la très controversée saisine du Conseil constitutionnel, près d’un million de citoyens auraient pu ne pas voter. Mais il n’y a pas de quoi pavoiser. Cette mesure de contournement, reste et restera toujours, un pis-aller, un ersatz de bonne gouvernance démocratique.

Faudrait-il passer par les mesures d’exception plus clivantes que jamais, pour permettre à tous les inscrits d’avoir l’opportunité de remplir leur devoir civique ? L’incapacité du ministère de l’Intérieur à maîtriser le processus est déconcertante. Comme le sont aussi les menaces de violences proférées par des personnalités politiques dont le légitime courroux ne devrait pas tout de même les conduire à l’excès.

Les jeux sont faussés
Dès le début de la campagne, on avait craint que ce faisceau de graves dysfonctionnements ne masquât les vrais enjeux de ces élections. Après une législature de toutes les dérives, il était impératif que notre Assemblée nationale retrouvât sa posture de figure de proue et la quintessence de ses missions, suite à des élections crédibles et transparentes. Il n’en sera rien. Les conditions de la tenue de cette élection ont laminé les chances d’opérer dans les meilleures conditions de sérénité, cette vitale mutation parlementaire.

Face à cette grande déception, de quel poids peuvent peser valablement les enjeux politiques d’une élection intermédiaire, préparatoire de la présidentielle de 2019 ? Certes l’incarcération de Khalifa Sall et toute la sensibilité sous-jacente, aurait pu faire monter les enchères politiques. Et la bataille de Dakar serait la mère des batailles. Le retour inattendu de Me Wade, aurait pu donner une résonance particulière à la campagne. A Thiès, Ziguinchor, Pikine, Guédiawaye, Mbacké, Bambey, le bras de fer entre le pouvoir et les leaders de l’opposition solidement ancrés dans ces villes-symboles devaient passionner les commentateurs et alimenter les débats. Il n’en sera rien, car les jeux sont faussés avant même qu’ils n’aient commencé.
La psychose de la violence plane, le taux d’abstention devenu bas de manière endémique (il était de 36 % lors des dernières législatives), ne donnerait à l’érection de la nouvelle Assemblée, toute la légitimité qu’elle mériterait, si l’organisation des élections n’était pas aussi chaotique.

Qui plus est, le débat sur le bilan du Président Macky Sall n’aura pas la tonalité méritée, et le projet contre projet qu’on était en droit d’attendre sera noyé dans le flot continu des diatribes, admonestations, menaces et injures. Quels en seront alors les enjeux ? Difficile à imaginer, alors même que chaque électeur craint de ne pas trouver son bureau de vote ! Que des transferts massifs d’électeurs, des charniers de cartes enfouies sous terre sont signalés ça et là, sans qu’on puisse faire la part du vrai et de l’ivraie manipulatrice.

Lancinante question
Mais les dérives ne sont pas seulement du côté de l’organisation du scrutin. En dépit des interdictions de publicité politique édictées par le code électoral, les médias sont saoulés de publi-reportages diffusés à profusion dans tous les networks, au grand mépris des règles de déontologie et du respect de la loi électorale. Les médias se rendent volontairement complices de cette anomalie et prétendent donner des leçons aux autres.

En vérité, les enjeux de cette campagne sont d’ores et déjà tronqués. Ils ne reflèteront pas, quoiqu’il arrive, les attentes réelles que les électeurs sénégalais sont en légitime droit d’en espérer. Que faudra-y-il attendre d’une assemblée aussi mal élue, d’un gouvernement aussi dispendieux avec d’aussi piètres résultats dans ce processus électoral ?

En réalité, les vrais enjeux de cette élection naîtront forcément du niveau de violence dont elle sera imprégnée. Si les menaces qui fusent partout ne sont pas mises en exécution, si en dépit d’une frustration manifeste, les électeurs arrivent tout de même à se déplacer vers les urnes et voter assez massivement, on pourra dire que le pire a été évité.

Mais le pire n’est pas le bien, loin s’en faut. Et le meilleur restera toujours l’ennemi du bien. Suffira-t-il alors d’avoir évité le pire pour s’en réjouir ? Oui à condition que le gouvernement sache tirer les vraies leçons apprises de cette triste déclassement démocratique, dont il reste entièrement, responsable. Les vrais enjeux s’arrêteront à cette lancinante : quand le Sénégal retrouvera sa place dans le gotha des pays à démocratique avancée ?

Après la clameur de dimanche, est-ce que cette déconstruction sera, tout de même suffisamment créatrice, pour nous remettre dans une nouvelle diagonale de la vertu, de l’éthique et de la bonne gouvernance ? Et que les Sénégalais réapprendront enfin à vivre en se respectant, règle d’or de la démocratie dans la hiérarchie des normes, des standards positifs et des valeurs ?

Auteur: , analyste politique – Seneweb.com

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